archives pour janvier, 2007
hasta luego, argentina
tout le long de mes nombreux voyages en autobus, j’ai vu défiler des tas de paysages, de villages, de montagnes, de prairies, mais aussi des choses étranges. d’abord j’ai pensé qu’il s’agissait d’une forme de recyclage: je voyais régulièrement des regroupements de bouteilles en plastique, par dizaines, parfois par centaines, voire par milliers. elles étaient regroupées et bien alignées autour d’une petite construction, une minuscule maisonnette, avec parfois une croix. je pensais “quelle drôle d’idée de mettre toutes ces bouteilles près d’un lieu religieux, quel étrange manière de les récupérer”. j’ai bien essayé de les photographier, mais ils apparaissent sans crier gare et disparaissent aussi vite…
il m’aura fallu près de cinq semaines pour comprendre ce que c’était: il aurait été bien plus simple de lire mon guide lonely planet qui m’expliquait tout, mais c’est finalement une voisine de bus qui m’a éclairée sur ces étranges rassemblements de bouteilles, au retour de la valle de la luna.
selon la légende, pendant la guerre civile des années 1840, deolinda correa suivit à pied le bataillon de son mari malade, à travers les déserts de la région de san juan. elle transportait des vivres et de l’eau, mais également leur fils encore bébé. elle finit par mourir de faim et de soif, mais quand on découvrit son cadavre le bébé était encore vivant, têtant son sein.
un sanctuaire commémorant ce miracle a été construit sur le lieu de son décès, c’est maintenant devenu un véritable petit village nommé vallecito, avec école, hôtels, églises et aussi 17 chappelles dans lesquelles les pèlerins déposent diverses offrandes en échanges de leurs demandes.
mais les chauffeurs de camions, particulièrement fervents, ont aussi érigé des milliers de petits autels dédiés à la difunta correa (la défunte correa) partout le long des routes. ainsi, de la terre de feu tout au sud à la frontière bolivienne dans le nord, on trouve des petites maisonnettes à côté desquelles sont déposées des bouteilles d’eau censées étancher sa soif….

il y a beaucoup d’autres autels de toutes formes le long des routes, mais ceux dédiés à el gauchito, ornés de drapeaux rouges, sont particulièrement nombreux également. il était un genre de robin des bois, volant du bétail aux riches pour le partager avec les pauvres, qui lui donnaient refuge en échange. il fut finalement attrapé et pendu par les pieds et décapité. mais juste avant de mourir il avait annoncé à son bourreau que son fils très malade guérirait s’il était enterré plutôt que laissé pendu à l’arbre. après avoir avoir effectivement appris que son fils risquait de mourir, il enterra le corps du gaucho gil et son fils retrouva rapidement la santé: c’est le début de la légende. il est maintenant courant de klaxonner en passant devant les autels dédiés à la mémoire du gaucho, pour éviter les obstacles à venir sur la route.
la route argentine s’est achevée pour moi à mendoza. une ville fascinante par son système d’irrigation hérité des indiens huarpe: des petits canaux courrent partout le long des rues, apportant l’eau de la cordillère des andes jusqu’en ville pour donner vie à d’énormes arbres qui nous protègent du soleil brûlant et font oublier qu’on se trouve en plein désert. en plein coeur de la ville a aussi été créé un grand parc, le parc san martin, dans lequel j’ai été fascinée par les petits ruisseaux qui se déversent partout, selon des chemins et des horaires établis soigneusement. des portes permettent de laisser passer l’eau, ou non, en fonction des nécessités. d’ailleurs ces mêmes techniques d’irrigation sont également utilisées pour la multitude de vignobles qui entourent la ville et produisent un si bon vin, et si peu cher…




durant ma visite de ce magnifique parc san martin (un genre de parc du mont-royal à plat, pour ceux qui connaissent, mais avec une roseraie et un plus grand lac), j’ai rencontré trois jardiniers qui prenaient soin des fleurs et du système d’irrigation. je les ai remercié pour la qualité de leur travail et c’est ainsi que nous avons commencé à parler. d’abord ils ont pensé que je venais d’angleterre, puis ont proposé allemagne et hollande comme pays francophones… suite à mes félicitations pour leur travail, ils ont tenu à me dire que c’est la municipalité de mendoza qui paie pour l’entretien du parc et non le gouvernement provincial ou fédéral. le sentiment des argentins à qui j’ai parlé est que le gouvernenent est corrompu et vole l’argent du peuple. un de ces ouvriers avaient travaillé en italie, à rome, et il était très amer du manque d’organisation de son pays. il m’a dit: “au lieu de penser avec notre tête, nous pensons avec nos pieds”… ce qui pourrait expliquer pourquoi avec tant de ressources humaines et matérielles, ce pays ne s’en sort pas mieux économiquement. il était également triste de voir tant de monde quitter le pays et ne jamais y revenir… puis il a ri jaune en disant que l’argentine est le seul pays au monde qui paie les gens à ne rien faire: je lui ai répondu que d’autres pays le font aussi, mais il alors ajouté qu’ici ça peut durer éternellement et que tu n’as pas besoin de travailler du tout, que même les étudiants peuvent recevoir de l’argent à la sortie de leur études…
je me souviens aussi d’une discussion avec un chauffeur de taxi qui était si triste de la situation de son pays: il me disait que le président actuel était le pire que le pays ait connu, pire que menem. lui aussi l’accusait de corruption et de voler le peuple. il était très désabusé, ne voyant pas d’espoir à moyen terme, il regrettait notamment certaines décisions stupides mais électoralistes comme des réfections de route à coup de millions alors que des gens meurent littéralement de faim. au lien de mettre l’argent dans la rénovation de l’aéroport de la petite ville de rio gallegos, où nous étions, il aurait préféré que l’argent soit investi dans des entreprises qui vont rester, qui vont créer des emplois à long terme. c’était dur de ne voir aucun espoir dans ses propos.
je souhaite bonne chance à ce pays attachant et aux possibilités énormes. mucha suerte, argentina!
j’ai maintenant quitté ce pays grandiose, rempli de gens chaleureux, rieurs, charmants et énergiques. bien sûr, j’ai préféré le sud et ses températures fraîches, ses vents décoiffants et ses paysages à couper le souffle, mais j’ai apprécié chaque parcelle de terre découverte, chaque rencontre faite. je retournerai à ushuaia, c’est sûr, ne serait-ce que pour revoir damia et soledad…
hasta luego, argentina y buenos dias isla de pascua!
